Les nourritures criées III

26.6.2019
La Criée, Rennes
— C’est dit, je pars, mais je ne veux plus jamais pour nos dîners que des choses dont nous aurons entendu le cri. (…) Ce que j’aime dans ces nourritures criées, c’est qu’une chose entendue comme une rhapsodie change de nature à table et s’adresse à mon palais.
Marcel Proust, La Prisonnière. Editions Folio Classique, p. 107-120
Parce qu’un marché est l’équivalent sur le plan sonore de plusieurs symphonies bruitistes ou mélodiques jouées simultanément, et que les correspondances entre les sons, les mots et les goûts y sont chaque fois renouvelées mais impossible à goûter, le cycle d’événements Les nourritures criées se donne pour objectif de réaliser le programme que propose Albertine dans La Prisonnière de Marcel Proust : présenter l’assemblage d’un discours chanté lié à une nourriture et simultanément sa saveur en compagnie d’écrivains, d’artistes, de performeurs et de chorégraphes. Entre la métamorphose de l’imaginaire d’une saveur portée par des paroles mélodiques en goût, quelles distances traversées ? Quelles impossibles correspondances ? Quels mondes parallèles ? La sensation indicible de la saveur d’un aliment que nous apprécions particulièrement crée en nous un trouble si profond et jouissif qu’il est porteur d’un imaginaire et d’une expérience prégnante.
À partir d’expériences personnelles et d’expériences à réaliser, comment peut-on présenter ce voyage qui relie sons, sens et goûts ?  Quels sont les sons que l’on associe à ces goûts ?
La nourriture se présente comme un paysage, paysage sonore, visuel et gustatif. Les artistes et auteurs proposeront un texte accompagné de nourriture afin de faire goûter au public leurs paroles.
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Biographies des artistes

Hilary Galbreaith

Plutôt que de transformer l’écologie en sujet artistique, il faudrait commencer par l’appliquer à l’échelle des modes de production, du transport et du stockage des œuvres. Cette économie de moyens établit la condition esthétique do-it-yourself du travail de Hilary Galbreaith, proche du cinéma primitif et du fanzine. Issue d’une famille californienne de militaires, passionnés de science et technologie, elle s’intéresse à la capacité de la science-fiction à construire des hypothèses qui transforment notre rapport aux espèces, au non humain, au corps ou au langage. Dans la vidéo « The Garden », elle met en scène un concours de télé-réalité avec des humains transformés en insectes. Leur désir d’un « retour à la nature » pour former des communautés anarchistes se trouve finalement contrôlé par les valeurs de la classe moyenne. Pourtant, si pour l’artiste le « jardin » symbolise la culture du faux, cela lui permettra de dépasser l’opposition nature/culture et d’identifier un réel besoin pour un mode de vie post-capitaliste et décroissant. Plutôt que le cynisme, l’artiste place le désordre et le grotesque carnavalesque à l’intérieur des contradictions d’un monde techno-bureaucratique. Qu’il s’agisse de prothèses qui contrôlent les odeurs, d’un jeu sexuel de réalité virtuelle qui devient sadique ou d’entreprises qui agissent comme des oeuvres conceptuelles (« Golden Hole »), de deux sorcières plongées dans un univers mutant où le design scandinave devient l’esthétique de l’horreur (« LifeHack2 ») ou d’une web-série publiée par l’artiste sur Instagram inspirée d’un film féministe underground qui met à mal le phallocentrisme d’humains-saucisses (« Sausageland »), le travail de Hilary Galbreaith fait l’autopsie des systèmes de pouvoir biopolitiques. | Pedro Morais, 2020 hilarygalbreaith.net

Valérie Mréjen

Dessinant une trajectoire résolument oblique entre littérature, cinéma et arts plastiques, Valérie Mréjen apparaît aujourd’hui comme l’une des figures les plus atypiques de la scène artistique contemporaine. Parmi ses livres on peut trouver Forêt noire (P.O.L. 2012), Eau Sauvage (2004), L’Agrume (2001), Mon grand-père (1999) aux éditions Allia. Son dernier ouvrage Troisième personne, est paru en 2017 aux éditions P.O.L. Son œuvre plastique (films, installations…) est régulièrement exposée en France comme à l’étranger (Centre Georges Pompidou, Jeu de Paume, Tate Modern…) Elle est représentée par la galerie Anne-Sarah Bénichou. Elle est artiste associée au TNB à Rennes. Son spectacle Trois hommes vertes est repris au TNB en novembre 2020 et elle crée son nouveau spectacle avec Mohamed El Khatib Gardien Party au Musée cantonal de Lausanne en mai.

Aziyadé Baudouin-Talec

Aziyadé Baudouin-Talec est née en 1989 à Paris. Après des études littéraires et théâtrales à La Sorbonne Nouvelle – Censier, Paris 3 et une formation de comédienne, Aziyadé Baudouin-Talec écrit (théâtre, littérature, poésie) et met en scène en créant la Compagnie Apparatus. Elle s’éloigne progressivement du théâtre pour se consacrer à l’écriture et penser des rapprochements entre littérature, art contemporain et danse contemporaine au travers de lectures-actions. Elle crée Les écritures bougées, structure de production et de diffusion de la littérature contemporaine dans le cadre de laquelle elle invite auteurs, artistes, chorégraphes, réalisateurs et musiciens à produire des lectures-actions.

Barbara Manzetti

Après une première réalisation chorégraphique pour la scène, qui reçoit le prix de la SACD belge en 1996, Barbara Manzetti s’éloigne rapidement des cadres de création usuels pour des territoires d’investigations plus immédiats en milieu urbain. Dernière parution, Épouser. Stephen. King. sort en 2013, aux éditions Les Petis matins.